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Thierry Delattre, un homme entreprenant

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Thierry Delattre, un homme entreprenant

Il a toujours eu un attrait pour les sciences et techniques, les mathématiques et la physique. Il a baigné tôt dans l’électronique (passion) et il a eu la chance de vivre à une époque où l’informatique et beaucoup d’autres sciences ont progressé de façon spectaculaire.

Vous avez lancé une “Machine de Turing pédagogique”. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un dispositif pédagogique destiné aux jeunes (collégiens et lycéens), mais intéressera probablement aussi les étudiants et tous ceux qui veulent connaître le principe à partir duquel a pu émerger l’informatique comme on la connaît aujourd’hui. C’est un principe fondateur mais puissant, extrêmement bien pensé par un mathématicien Anglais mal connu : Alan Turing, qui l’a présenté en 1936. L’objectif est de faire connaître, de façon simple et ludique, ce principe algorithmique à la base de tout ordinateur. On peut ainsi programmer des algorithmes et les exécuter à vitesse variable (via un potentiomètre : de très lent pour le débuggage à très rapide). On commence par des algorithmes d’animations lumineuses car cela suscite l’intérêt des jeunes, puis on peut montrer des algorithmes de calculs mathématiques (addition et soustraction de 2 nombres binaires signés de son choix), un compteur binaire, des suites numériques (suite de Fibonacci par exemple), et tout ce que l’utilisateur trouvera de lui-même.

D’où vous est venu cet intérêt pour Turing ?

J’ai découvert le principe de machine de Turing lors de la semaine des mathématiques de Mars 2017. Un mathématicien, Marc Raynaud, a présenté sa version de machine de Turing : un dispositif électromécanique spectaculaire. J’ai voulu rendre accessible un dispositif analogue, mais réalisé autrement, de façon fiable et facilement reproductible, plus pratique à l’usage (pas besoin de faire des trous dans une carte qui ne sert qu’à un seul algorithme), et avec un coût moindre. C’est aussi à cette occasion que j’ai découvert la vie et l'œuvre (ou plutôt les œuvres) d’Alan Turing. Non seulement il a énoncé le principe (appelé machine de Turing) des machines programmables mais il a beaucoup apporté dans des domaines comme la morphogénèse et la cryptographie, ainsi que dans les prémices de l’intelligence artificielle (il a inventé le “jeux de l’imitation” ou “Imitation Game” en Anglais (nom du film sur Turing)). Par ailleurs, il a été celui qui a trouvé le moyen de déchiffrer les messages cryptés Allemands lors de la seconde guerre mondiale (machine Enigma).

Comment utilisez-vous cet appareil en classe ?

Hélas, à cause du contexte sanitaire actuel, je n’ai pas pu me rendre dans un établissement scolaire. Mais j’ai présenté ce dispositif à des collégiens et à des lycéens en Mars 2019 (prototype) et ils ont beaucoup aimé et compris. Ils ont su trouver d’eux-même un algorithme.

A quel stade en êtes-vous sur ce projet ?

J’ai fait réaliser 100 exemplaires de série, que j’ai reçu en Octobre 2020. Grâce à un premier partenaire (Technologie Services) qui a mis en avant cette machine de Turing dans son catalogue lycées 2020-2021, et à mon site internet (www.machine-de-turing.fr) j’ai pu vendre 18 machines à ce jour (mi février 2021), dont 2 machines à l’école polytechnique de Paris-Saclay, 2 au LRI = Laboratoire de Recherche Informatique de l’INRIA, 4 à l’UTC = Université de Technologie de Compiègne. Le reste dans des lycées.

Avez-vous d’autres projets ?

Oui. Suite à une demande de l’UTC, je prépare une nouvelle version de ma machine de Turing. C’est le même dispositif, mais permettant de coder des algorithmes avec un alphabet de 8 symboles (contre 3 actuellement), et ayant jusqu’à 22 états (contre 12 actuellement). On pourra donc stocker moins d’algorithmes dans la machine (mémoire EEPROM donc non volatile) : 30 (contre 50 actuellement), mais les algorithmes pourront être plus sophistiqués.