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" On perd son temps en concertation ! "

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La concertation pour quoi faire : perdre son temps, s'informer, coopérer, collaborer…

Faut-il vraiment se concerter ? Quel temps perdu en concertation ! (voir : la concertation à l'école Sainte Réunionite). Quelle énergie déployée par le chef d'établissement pour négocier le calendrier, pour mobiliser son équipe, obtenir une présence régulière, faire que les enseignants se prennent en charge ! Alors faut-il vraiment s'acharner ?

Individualisme, informations mutuelles, coopération, collaboration.
On peut penser que la concertation est inutile si chacun " fait bien son travail dans sa classe ". Seul un temps d'information est nécessaire pour réguler les temps communs, rappeler que la récréation ne doit pas se prolonger, que la photo de classe aura lieu jeudi… Pour toutes les tâches simples à assumer seul, inutile de se concerter. Cependant, nous cherchons parfois à nous enrichir de ce que fait un collègue par curiosité (discuter d'une sortie de classe faite dans la classe voisine), pour diviser le travail par deux (l'un prépare l'évaluation en math pendant que l'autre fait le français). C'est alors une répartition des tâches et une information mutuelle. Exactement comme on organise le tour de surveillance de la récréation.
Quand la tâche est plus complexe ou plus lourde, la demande d'un travail plus coopératif fait jour. L'équipe décide de construire des activités pour un objectif commun. Par exemple, chaque classe organise un stand et son animation pour la kermesse de l'école. C'est un travail parallèle qui s'effectue avec une juxtaposition de fonctionnement. Le résultat, parfois même sa construction, sont rendus visible à l'autre.
Ce n'est que quand le travail d'élaboration s'effectue ensemble qu'alors les conceptions se croisent, qu'il y a débat, et interaction. On atteint un niveau supérieur appelé niveau collaboratif. A l'école, il serait évident si un groupe d'élèves était géré par un groupe d'enseignants dans un même lieu et en même temps et non pas chacun dans sa classe. Alors les choix pédagogiques, les choix d'organisation, le suivi des élèves, rendraient obligatoire ce niveau collaboratif. Il faudrait se mettre d'accord sur les enjeux, les moyens, débattre, agir ensemble, intervenir sur des champs mutuels et donc croiser les actions.
A part quelques écoles pilotes, les établissements ne sont pas dans ce cas. Reste que la tâche d'enseignant est complexe et qu'il faut être bien naïf pour croire qu'une porte de classe fermée permet de " bien faire ". Même l'enseignant le plus récalcitrant au travail d'équipe ne peut pas dire qu'il n'est jamais confronté à une difficulté ou démuni. Mais pour dire ses faiblesses et chercher des solutions ensemble, il faut avoir l'habitude d'un travail commun. Et cela se bâtit dans des microprojets (Voir Quelques exemples de projets) élaborés ensemble régulièrement et donc concertés.

Les réfractaires à la concertation argumentent sur la perte de temps. Ce n'est pas facile de gérer des avis différents. Il est plus facile et plus rapide de décider seul. Pour l'enseignant, il perd de l'autonomie. Il est conduit à tenir compte de l'avis de ses collègues. Pour le chef d'établissement, c'est un moyen d'auto régulation de l'équipe. L'enseignant dynamique entraîne les autres mais est amené à se questionner davantage avant de foncer à cause des " éléments freins " de l'équipe. Le regard est pluriel sur les situations et les enfants. L'accompagnement des élèves et leur suivi sont plus riches et adaptés. " On est plus intelligent à plusieurs. " Les compétences sont mises en synergie et valorisées. Des idées nouvelles émergent. Les enseignants se motivent et sont actifs. Ils passent " d'un métier solitaire à un métier solidaire ". Le chef d'établissement est entraîné dans cette dynamique. Il n'est plus le seul pilote sur lequel repose tout le fonctionnement et les initiatives (voir Comment déléguer)
S'il faut cependant tant d'énergie au chef d'établissement pour inciter à la concertation, c'est que beaucoup d'enseignants sont lassés de ces rencontres. Comment ne pas les dégoûter des réunions ? D'abord en les rendant efficaces (Voir Règles pour une concertation efficace). Puis en ne cherchant pas du travail collaboratif sur tous les sujets. Mais en générant ce besoin sur des tâches complexes. Alors le temps institutionnalisé sera riche.

Un cadre bien posé facilite le travail d'équipe.
D'ailleurs en cette période de fin d'année, il est utile de prendre le temps de faire un bilan et d'évaluer le fonctionnement pour le réguler et envisager efficacement l'année suivante. (voir Dossier " Finir une année…réussir la rentrée.", et en particulier " Conseil de cycles " : grille d'analyse. ", " La parole en réunion ") Et ne plus entendre " on perd son temps en concertation " !