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Le rapport 2007 sur l’école primaire : « Bilan annuel des résultats de l’école »

Temps de lecture : 19 minutes

Le Haut conseil de l’Education dresse un bilan critique dans des termes non lissés. Nous retiendrons les pistes d’amélioration proposées.

Le Haut conseil de l’Education (HCE) a remis son rapport au Président de la République le 27 août 2007. Pour accéder au rapport de 20 pages, cliquez ici.

Pour mémoire, le HCE est un organe consultatif institué par la Loi d’orientation pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005. Il est composé de huit membres et présidé par Bruno Racine.

Lors de sa conférence de rentrée, Xavier Darcos, déclare à propos de ce rapport : " Il faut éviter le double écueil de l’autosatisfaction et du catastrophisme. La mise en cause des résultats à l’école primaire ne doit pas être une mise en cause des enseignants qui font bien leur métier" (Dépêche de l’AEF du 29 août 2007).

"Introduction"
Il n’en reste pas moins que le ton est donné dès l’introduction du rapport : "Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes" qui "empêcheront ces élèves de poursuivre une scolarité normale au collège. De tels résultats expliquent pour une grande part l’ampleur des controverses sur les méthodes d’apprentissage".
Pour le Haut conseil de l’Education (HCE), l’école primaire "semble adaptée au 60 % des élèves qu’elle prépare correctement à la poursuite des études". Par contre, "elle se révèle incapable de mettre en place un soutien et un rattrapage efficaces". En particulier "la scolarité pré-élémentaire ne compense pas les disparités sociales".
"Le but du présent rapport est de souligner combien il est urgent d’agir". "Il s’agit non seulement de former les enfants, de porter chacun au maximum de ses possibilités, mais aussi de les mener tous au collège".

1. "L’avenir scolaire des enfants semble déterminé très tôt"
"Le niveau à l’entrée au CP pèse très fortement sur les chances d’un cursus scolaire régulier.
Le Ministère de l’Education a identifié cinq domaines dans lesquels les compétences sont jugées utiles pour entamer la scolarité élémentaire dans de bonnes conditions :
- Les connaissances générales : reconnaissance de personnages, d’instruments de musique, de contes, de monuments… ; culture technique : classement d’objets suivant leur fonction (indiquer l’heure, couper…), identification d’un intrus dans un ensemble d’outils… ;
- Les compétences verbales et la familiarité avec l’écrit : compréhension orale, connaissance de l’aspect du livre, repérage de l’incohérence d’une histoire, connaissance de l’alphabet, reconnaissance auditive de mots, de phonèmes en différentes positions, discrimination entre des messages corrects et des messages incorrects sur le plan de la morphologie ou de la syntaxe, écriture du prénom, écriture de lettres dictées, ajout de lettres manquantes, mémorisation et reproduction de signes… ;
- Les compétences logiques et la familiarité avec le nombre : écriture de chiffres et de la suite des nombres, comparaison de collections, ajout et retrait, reconnaissance de chiffres et de figures géométriques… ;
- Les comportements et l’attention : image de soi dans le cadre des rapports avec les autres enfants ou seul face à un problème, capacité à écouter et à mémoriser une histoire tout en effectuant une tâche de reproduction de signes variés".
"25% des élèves ont des acquis fragiles".
"Tant en mathématiques qu’en français, les exercices les moins réussis sont ceux pour lesquels l’élève doit justifier sa réponse en s’appuyant sur le texte ou le support proposé après avoir compris l’énoncé et la consigne. Cette incapacité à prélever et à utiliser des informations est une source majeure des difficultés rencontrées par les élèves et montre que les enseignants doivent faire travailler prioritairement la lecture et la compréhension, à l’oral comme à l’écrit".

2. "Les dispositifs et les outils pédagogiques sont inadaptés ou mal utilisés"
Parmi les faiblesses de l’école primaire, le HCE pointe le redoublement précoce, la "très grande solitude des maîtres" et la méconnaissance des cycles. "Le maintien de la dénomination des classes en est un indice" souligne Bruno Racine, président du HCE. (Dépêche de l’AEF du 28 août 2007).
Redoublement : "Il semble avéré que le redoublement précoce est inefficace". "Même si le redoublement à l’école primaire a fortement diminué en France depuis cinquante ans (à la fin du CM2, on est passé de plus de 50% d’élèves ayant redoublé à moins de 20%), notre pays reste celui qui le pratique le plus en Europe, alors que d’autres pays l’ignorent ou le refusent".
D’ailleurs on note que "les natifs de décembre sont presque trois fois plus nombreux que les natifs de janvier à redoubler. Il est normal que, dans une même classe, les enfants les plus jeunes rencontrent plus de difficultés ; en CP ou en CE1, un écart de presqu’un an est considérable. Mais ces décalages naturels peuvent sûrement être traités par d’autres moyens que le redoublement, par exemple en exploitant pleinement la durée du cycle".
Pédagogie de cycle : "L’efficacité de l’organisation pluriannuelle de l’enseignement suppose toutefois qu’une différenciation pédagogique soit régulièrement pratiquée dans la classe. La différenciation pédagogique peut par exemple consister à faire travailler ponctuellement les élèves en petits groupes constitués en fonction des besoins différents qu’ont les uns et les autres".
Les parcours personnalisés de réussite éducative (PPRE) ont parfois été détournés comme "un simple dispositif d’accompagnement des élèves redoublant" alors qu’ils sont pensés comme soutien et prévention de l’installation des difficultés.
"La mise en œuvre du socle commun, si l’on veut qu’elle soit effective, exige que l’école primaire donne un véritable contenu aux cycles".
Evaluation : "Les évaluations ne sont pas utilisées comme elles le devraient. D’une part, certains maîtres pensent qu’elles sont principalement destinées à une exploitation statistique par leur hiérarchie, sous estimant ainsi le parti qu’ils peuvent tirer eux-mêmes de ces informations sur les forces et les faiblesses de leurs élèves pour adapter leur pédagogie. D’autre part, à moins d’un an de la fin d’un cycle, il se peut que ces évaluations ne laissent pas assez de temps pour remédier aux difficultés scolaires qu’elles détectent. Au lieu de servir d’instantanés sur les acquis des élèves elles les enferment dans leurs lacunes". Pourtant" La DEPP a conçu des outils d’évaluation et d’aide aux apprentissages, d’utilisation facultative, pour la grande section de maternelle et le CP". Là où ils sont exploités, les progrès des élèves sont notés.

3. " L’école maternelle ne met pas tous les enfants dans les conditions de réussir à l’école élémentaire"
"La responsabilité de l’école maternelle dans l’échec scolaire à long terme ne peut être éludée".
Il lui est reproché de ne pas réduire les handicaps sociaux et de "se calquer sur l’école élémentaire". "Bien que les particularités de l’école maternelle soient affirmées dans les programmes, dans la réalité les méthodes d’apprentissage et d’évaluation pratiquées en grande section s’alignent très souvent sur celles de l’école élémentaire". "Pourtant, selon les programmes, la pédagogie de l’école maternelle, liée à l’âge des enfants, est censée influer sur l’enseignement dans tout le cycle 2, donc aussi au CP et CE1. Les enseignements par disciplines ne sont structurés qu’à partir du cycle 3".

4. "Le pilotage national manque de prise sur la réalité"
Documents d’accompagnement : "Les documents d’accompagnement des programmes ne sont pas encore assez nombreux". Les deux documents "Lire au CP, repérer les difficultés pour mieux agir" et "Lire au CP, enseigner la lecture et prévenir les difficultés" sont cités comme de bons outils.
Organisation des ressources humaines : "La multiplication des intervenants extérieurs libère un volume d’heures d’enseignement qui semble très sous-utilisé. Des marges de manœuvre réelles ne servent donc pas en priorité à affecter des ressources humaines suffisantes à l’amélioration du soutien collectif et individualisé des élèves".
Formation des enseignants : "Les stages communs aux enseignants des premier et second degrés sont rares et ceux qui permettent la prise en compte des difficultés liées à l’hétérogénéité des élèves et la polyvalence des professeurs des écoles ne sont pas assez nombreux".

5. " Le pilotage de proximité est très insuffisant"
Le rapport pointe "une direction d’école sans véritable statut" qui pose problème. Ce n’est pas le cas des chefs d’établissement de l’Enseignement catholique qui ont un statut et des responsabilités bien repérés. Dans le public, "même s’il s’agit d’un sujet sensible, le débat sur la fonction de directeur d’école primaire, dotée de compétences explicites, ne devrait plus être éludée". "La réflexion sur le statut de directeur d’école impliquera de repenser la répartition des responsabilités entre directeurs et IEN". " Le rôle des inspecteurs de l’Education nationale est à redéfinir".

« Conclusion »
"Vaincre la difficulté scolaire est plus que jamais une urgence, et les apprentissages fondamentaux constituent une priorité dès le début de l’école. La formation initiale et continue des enseignants doit être adaptée et renforcée dans les domaines-clés, comme la prévention des difficultés d’apprentissage, l’évaluation des élèves, les relations entre les enseignants et les parents, et l’exercice du métier en école maternelle. Tout doit être mis en œuvre pour aider chaque élève durant son parcours, afin que le socle commun soit maîtrisé par tous, aux différents niveaux du cursus".

Vous trouverez de l’aide dans sitEColes :
- Dossier : Pédagogie différenciée
- Dossier : Passage de cycle : continuité et ruptures
- Projets pour le suivi des élèves : PPS et PPRE
- Dossier : Des repères sur l’évaluation
- Dossier : La scolarisation dès 2 ans. Ce dossier reprend toute la pédagogie de la maternelle.
- Dossier : Mise en œuvre du socle commun
- Dossier : Relation école-famille