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L'enfant de 2 ans à l'école

Temps de lecture : 9 minutes

Accueillir aujourd'hui des enfants de 2 ans à l’école, c’est avant tout tenir compte de leurs caractéristiques sociales et psychologiques. Cette demande est garante de la mise en place de dispositifs pédagogiques qui leur soient adaptés et qui aident à leur scolarité future.

- Les effets de la scolarisation des 2 ans sur le rôle de la maternelle dans les apprentissages et la scolarité des élèves

Pour Bruno Suchaut, chercheur à l'Iredu, les critiques dont l'école maternelle fait aujourd'hui l'objet (Rapport du HCE sur l'école primaire, Rapport Bentolila...) ne sont pas forcément justifiées.

"Ce n'est pas parce que les élèves qui éprouvent des difficultés à l'entrée au CP voient leurs chances de réussite fortement compromises, qu'il faut en rechercher les causes obligatoirement au niveau de la scolarité effectuée en maternelle".

Aussi lors de sa conférence devant l'Association Générale des Enseignants des Écoles et classes Maternelles publiques en janvier 2008, il s'est efforcé d'apporter des éclairages pour situer la part de l'école maternelle dans les apprentissages et la scolarité des élèves.

Les effets de la fréquentation de l'école maternelle
Si on restreint le débat sur l'accueil des deux ans à l'école aux effets globaux de la scolarisation précoce, les résultats de la recherche s’accordent sur deux points :
° En matière d'acquisition des connaissances, la fréquentation de l'école maternelle représente un atout pour la suite de la scolarité. Elle réduit la probabilité de redoubler une classe, notamment le cours préparatoire et les effets sont d'autant plus positifs que la scolarisation en maternelle a été longue.
° Et sur le plan de l'équité sociale, la maternelle à deux ans se traduit par des aspects positifs pour les élèves scolarisés en Z.E.P.

Toutefois les conditions actuelles d'accueil (taux d'encadrement) ne sont pas optimales pour le développement cognitif et langagier de tous les enfants et une réflexion globale sur la prise en charge de la petite enfance, à l'école et hors de l'école est indispensable.

Le poids des facteurs individuels et sociaux
Dès I’école maternelle, des facteurs externes à l'école influencent les acquis des élèves et leurs parcours :
° Différence de maturité des élèves : les élèves nés en début d'année civile obtiennent de meilleures performances scolaires que ceux nés en fin d'année et ont une probabilité plus élevée de suivre une scolarité sans redoubler.
° Origine sociale : elle joue un rôle significatif. C'est d'ailleurs la profession de la mère, plus que celle du père, qui discrimine le plus les performances des élèves avec un avantage notable pour les enfants dont la mère est enseignante.
° Genre : II existe également des différences de performances entre filles et garçons, à l'avantage des filles, mais beaucoup moins fortes que les deux facteurs précédents.

Ces différences entre élèves évoluent tout au long de la scolarité élémentaire de façon stable. On relève, notamment pour chaque année du cursus, une augmentation des écarts de réussite entre élèves selon l'origine sociale.

Dans un tel contexte, comment l'école maternelle peut-elle agir pour réduire les inégalités cognitives et sociales entre élèves ?

Bruno Suchaut suggère de se centrer sur l'évolution des acquisitions des élèves à l'école élémentaire, indépendamment du rôle des facteurs socio-démographiques évoqués ci-dessus. Il s'agirait dès lors d'identifier les compétences scolaires les plus prédictives de la réussite ultérieure pour pouvoir agir sur leur développement le plus tôt possible dans la scolarité.

Quelles compétences développer à l'école maternelle ? Des pistes de réflexion :

1er constat : Les analyses montrent que les élèves réussissent d'autant mieux au collège s'ils ont développé des compétences élevées dans certains apprentissages à l'école maternelle. Ainsi les activités numériques et la structuration du temps semblent être des domaines particulièrement importants à travailler dans le but d'agir très tôt sur les difficultés d'apprentissage.

2ème constat : la construction des apprentissages chez les élèves s’inscrit dans un système d’interdépendance. "Les compétences dans l'acquisition de la langue écrite, dans la structuration du temps et dans la construction du nombre à la fin de l'école maternelle déterminent les capacités attentionnelles des élèves à l'entrée au cycle III. Par ailleurs, ces capacités attentionnelles sont liées aux compétences en calcul mental qui elles - mêmes vont déterminer les futures acquisitions des élèves en numération et calcul à l'entrée au collège et, de façon indirecte, les compétences en compréhension." […]"Ainsi, la réussite ou l'échec dans un domaine est, au fil de la scolarité, de plus en plus liée à la réussite ou l'échec dans un autre domaine".

"Ceci suggère qu'un ciblage des difficultés des élèves est plus aisé au début de la scolarité primaire qu'à son terme et que les interventions pédagogiques spécifiques doivent être précoces pour éviter que les difficultés d'apprentissage ne s'installent et concourent à placer l'élève en situation d'échec".