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Reprendre souffle. Une reprise inédite...

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Reprendre souffle. Une reprise inédite...

A l’heure où le confinement va s’assouplir il est normal que la reprise annoncée -même très partielle- nous motive et nous mobilise car nous souhaitions la vivre – et la faire vivre - au mieux. C’est qu’il s’agit d’avancer, de reprendre prise sur ce que nous pouvons, de retrouver un minimum de vie sociale, scolaire, professionnelle, bref, de « rebondir »…

Mais il est tout aussi normal aussi, que cette reprise nous angoisse : nous n’avons jamais « fait l’école » ainsi : à au moins un mètre les uns des autres, en évitant de toucher les mêmes objets, en excluant tout contact entre nous, et toute forme de rassemblement. En un certain sens, on peut dire qu’on ne reprend pas l’école, mais bien plutôt, que nous allons vivre une forme allégée de confinement au sein de nos lieux scolaires. On ne prêtera pas sa gomme à son voisin, pas plus qu’on ne jouera à « chat » sur la cour de récréation. Je ne retrouverai pas forcément mon copain ou ma copine, qui sera peut-être dans l’autre groupe…

Mesurons que l’école, « lieu de socialisation par excellence », lieu en lequel on apprend à se frotter à autrui au propre comme au figuré, va s’en trouver radicalement transformé. Adultes et jeunes, nous allons devoir lutter contre tous nos réflexes, d’autant que, sauf cas de contamination d’un membre de la famille, le confinement à la maison n’aura pas impliqué l’absence de contacts physiques.

…sous le signe de l’ambivalence

De même, nous devrons prendre en compte l’impact différent que l’épisode du covid-19 aura eu sur chacun de nous : certains auront vécu un deuil, d’autres auront peut-être un membre de leur famille encore sous respirateur. Pour d’autres encore, la lutte contre cet ennemi invisible qu’est le virus sera source d’angoisses quotidiennes.

A contrario, l’envie de retrouver le plus rapidement possible un semblant de normalité ou tout simplement l’envie de sortir de chez soi l’emportera chez certaines personnes, sur tous les doutes, inquiétudes, inconforts, rendant « légers » l’autodiscipline des gestes barrière et autres contraintes liées au maintien de la distanciation sociale.

Bref, nous pourrons être alternativement heureux et mal à l’aise de nous retrouver ainsi, et parfois les deux simultanément. Pas plus dans ce contexte que dans d’autres, une « résilience » ne saurait se décréter. Mais notre tâche consistera sans doute à créer les conditions favorables pour que chacun – et il ne s’agit pas ici seulement des enfants - puisse trouver de quoi se relever et reprendre souffle, à son propre rythme.

Tous, nous n’aurons pas nécessairement les mêmes besoins. Mais un chose est sûre : nous aurons besoin les uns des autres.

Assumer notre fragilité

Si l’épisode planétaire du covid-19 a pu nous enseigner une chose, c’est bien que notre planète est fragile ainsi que toute la vie qui l’habite. Et nous ne faisons pas exception à la règle !

Assumer éducativement cette fragilité est peut-être alors le plus urgent des défis à relever, comme une interpellation vitale à davantage de solidarité et de fraternité.  Nous avons découvert ou redécouvert de façon abrupte que c’est seulement en prenant soin des plus vulnérables que nous pouvons tous nous en sortir. Voilà qui devrait nous faire désormais préférer les logiques coopératives et collaboratives aux logiques concurrentielles avantageant toujours les plus forts. Au début de la présente crise sanitaire, nombre de gouvernements auront fait passer l’humain avant l’économique. Nous nous en réjouissons, même si ce cap sera sans doute difficile à maintenir dans le temps. Mais s’il est un lieu où cela devrait être plus aisé, ne serait-ce pas précisément l’école ?

Nous l’avons dit, la reprise qui s’annonce aura ses contraintes lourdes, et son lot de complications pour les communautés éducatives. Mais elle pourrait être aussi un temps de liberté. Puisque nous ne pourrons pas « faire comme avant », ni moins encore « rattraper le temps perdu » alors que tous les élèves ne seront pas présents, et que ceux qui le seront ne le seront que sur un temps réduit, pourquoi ne pas en profiter pour donner la priorité à l’accompagnement, et aux besoins de chacun ? N’est-ce pas l’occasion de faire baisser une certaine « pression scolaire » (celle des programmes à finir coûte que coûte par exemple) au bénéfice d’une autre relation éducative, plus qualitative que quantitative ?

Un projet qui donne la Parole, un don qui nous précède

Il n’est pas rare qu’une contrainte forte suscite en réaction une créativité plus forte encore. Nous avons collectivement pu en faire l’expérience pendant ce confinement. De cela, que voudrions nous garder ? Que voudrions nous davantage cultiver ? Pour le discerner et le recueillir, il nous faudra, adultes et jeunes, enseignants, parents, éducateurs, nous donner mutuellement la parole.

Mais notre plus grande ressource pourra être notre projet spécifique : l’Enseignement catholique s’enracine dans la Rédemption du Christ ouvrant un avenir à chaque homme, femme, enfant, dans la conviction que l’homme est sauvé par l’amour.

Il s’enracine aussi dans le Don de l’Esprit, comme nous allons le célébrer lors de la Pentecôte. Un don gracieux, qui nous affranchit de la pesanteur d’avoir à compter uniquement sur nos propres forces. Un don qui fait quitter les confinements de la peur, et habilite à oser de nouveaux chemins. Un don qui nous envoie les uns vers les autres, porteur d’une parole qui rejoint chacun « dans sa langue maternelle » (Ac 2, 1-11).

Les chrétiens des communautés éducatives auront ici une mission particulière : fortifiés par la célébration de la Pentecôte, ils pourront prier pour que l’Esprit – qui souffle où il veut- se répande à profusion sur les chefs d’établissements, enseignants, éducateurs, élèves, parents et personnels de nos établissements. Qu’il consolide les relations et coopérations nouvelles qui, surgies du tombeau de l’épidémie que nous traversons, sont d’ores et déjà le fruit de la Résurrection.

Qu’il nous donne abondamment son souffle, pour une vie éducative profondément renouvelée.

d+ Joseph HERVEAU,
SGEC, Département éducation